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La tradition l’emporte face à la nécessité

Flambée des prix durant le Ramadan

Flambée des prix, pénuries de denrées alimentaires, achats impulsifs, une situation devenue récurrente à l’occasion de chaque mois sacré de Ramadan. Les prix des produits alimentaires de base s’envolent sur le marché, beaucoup plus par tradition que par nécessité…

Un phénomène devenu général. Le mois sacré de Ramadhan est devenu malheureusement une aubaine pour la hausse des prix. En une semaine seulement, les prix s’envolent et ce malgré les promesses du ministère de l’Agriculture et de ses tutelles. Une situation donc qui n’a rien de nouveau mais qui prend cette année une dimension particulière en vue de la situation économique du pays, déjà très affectée par la crise de la Covid-19. Le Ramadhan de cette année n’a pas dérogé à la règle et les prix de presque tous les aliments (fruits, légumes, viande…) entrant dans nos habitudes culinaires prennent une ascension fulgurante et pas seulement pour les petites bourses mais aussi pour la classe moyenne.

La religion, la grande absente

Une  situation qui interpelle car elle va à l’encontre des préceptes de l’Islam qui appelle au partage et la générosité en ce mois béni.  Kamel Sekkat, théologien, membre fondateur de la ligue des Oulémas, Imam et prêcheurs des pays du Sahel, et ancien membre de l’Association des oulémas musulmans algériens nous dira que ce  phénomène de hausse des prix est mondial, impactant tous les secteurs économiques et accentué, évidemment par la pandémie de Covid-19.  Contacté par nos soins, Sekkat a déploré ce constat amer où les fêtes religieuses riment avec des hausses de prix. «On constate qu’à l’approche de chaque événement religieux (Ramadan, Muharram, Mawlid Ennabaoui Echarif…), les spéculateurs profitent pour hausser les prix au point où les petites bourses n’arrivent même plus à profiter de ces fêtes religieuses, censées pourtant être festives. ». Ce théologien accuse la cupidité et l’avidité qui gagne de plus en plus le consommateur. «  La religion reste absente. Elle est même doublement absente chez certains commerçants qui n’ont aucun scrupule et qui ne ratent aucune occasion pour ‘’saigner’’ carrément le consommateur. Cela dit, la plus grande responsabilité est celle du consommateur. Au lieu d’aller à l’essentiel de ce qui est attendu de ces moments de spiritualité et de recueillement, qu’on appelle communément les fêtes religieuses, il préfère aller à une ”culture du tube digestif”. A ce moment, il récoltera ce qu’il mérite,  à savoir,  hausse des prix et vie chère » a-t-il martelé. En outre, en moment de crise Kamel Sekkat conseille les consommateurs à suivre ce qu’a dit  Omar ibn al-Khattâb (rapporté par les notateurs), à savoir « Faites chuter ces prix en les boycottant » tout simplement, a-t-il conclu.

Hausse des prix, causes multiples

Dans un autre registre, Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (Anca) nous dira que ce phénomène de hausse de prix a des causes multiples. Contacté par nos soins, il rappelle que  bien avant le début du mois sacré de Ramadan, « j’avais dit qu’il y aurait sûrement une flambée des prix durant les premiers jours du mois béni. Effectivement c’est le cas.  Cela dit, cette hausse des prix  n’est pas due à un manque ou à une pénurie au niveau de l’offre  mais reste causée par une demande exagérée » déplore Boulenouar avant de poursuivre : « Dès le premier jour de Ramadan, j’ai moi-même  constaté que les citoyens affluaient dès sept heures du matin pour acheter des légumes et du poulet. Une frénésie due à des habitudes commerciales que certains ont adoptées pour – disent-ils, avoir ce qu’il faut à la maison  ». Par ailleurs, Boulenouar a expliqué qu’il ne pouvait pas y avoir une pénurie alimentaire car les stocks de denrées alimentaires dont dispose le pays couvrent largement la demande nationale pour le mois de Ramadhan, et  pour plusieurs mois à venir ». Boulenouar a expliqué aussi que cette hausse des prix a été accentuée par une mauvaise météo durant les premiers jours du mois sacré, empêchant les agriculteurs à récolter leurs produits et du surcroît, à alimenter les marchés de gros. « Cela devrait s’arranger dans  les prochains 48h» a-t-il rassuré.

Réorienter la Zakat

Pour ce qui est de la responsabilité de l’Etat pour régler ce problème, Boulenouar dira qu’on ne pouvait pas incriminer une seule instance dans ce problème. « Le premier protagoniste dans  l’histoire est le ministère de l’Agriculture pour être directement raccordé à l’offre. Chacun à une part de responsabilité.  Les spéculateurs trouvent leur compte et le consommateur suit).  Boulenouar saluera par ailleurs l’initiative de commercialiser les viandes du Sud au Nord ajoutant qu’il n ‘y avait aucune crainte à avoir quant à la qualité de ces produits.

En outre, le président de l’Anca dira que suite à son entretien avec des représentants du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs, « il était urgent de revoir certains aspects du commerce, notamment l’éthique et la moralisation de cette profession ». Il dira dans un autre contexte que le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs compte améliorer l’usage de la Zakat pour la réorienter. « Elle ne sera plus donnée sous sa forme actuelle mais elle sera utilisée pour créer de l’emploi pour des  familles nécessiteuses ».

 

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