Culture

 Samir Kacimi, questions de vie ou de mort

«Un jour idéal pour mourir» traduit vers le français

L’écrivain Samir Kacimi est traduit vers le français par Lotfi Niya à travers son œuvre, la dernière née : “Un jour idéal pour mourir”. Ce roman paru aux éditions Barzakh est un questionnement sur  la vie et la mort. Une interrogation sur une société laminée par  ses contradictions. De profil Kacimi est avocat  mais de métier, il se fait journaliste.  Natif d’Alger en 1974, il  est établi en France. Il  a déjà à son actif  plusieurs romans notamment  “Kitab el Machaa”, Grand prix Assia-Djebar du roman en langue arabe en 2016 ou encore “L’amour au tournant” traduit en français et publié en Algérie et en France.

En fait  cette dernière  publication parue originellement en langue arabe l’a été il y a un an. Cette première version en arabe sortie en 2019 a pour intitulé  “Yawm raî li-lmawt”.  Edité en premier chez l’édition Acte Sud en France (propriétaire des droits de traduction), cet écrit est consacré  aux tribulations d’un journaliste quadragénaire. Il aspire à un idéal qu’il ne réalise pas et se rendant compte que sa vie n’est que mésaventure, à chaque fois que ses rêves sont rompues et ses aspirations réduites à néant  décide de se donner la mort.  Il se jette du haut d’un immeuble dans la banlieue d’Alger. Mais avant ce geste vain mais pas fatal,  cet homme de presse s’écrit à lui-même en s’envoyant sa correspondance à son adresse. Il s’appelle Halim Bensadek, un nom et prénom prémonitoires qui oscille entre rêves ( Halim ) et réalité, ou vérité ( Bensadek)  si on s’amuse à en décortiquer le sens. Dans cette missive, il donne  les raisons de cette fin désespérée. Ainsi Halim, aura raté d’en finir avec la vie.

Un intellectuel  qui se sent hors de son environnement sociétal. Il a des principes auxquels il ne veut pas déroger, même ne répondant aucunement à la société dans laquelle il évolue mal à l’aise. Bien malgré lui.  Il refuse de vivre en reclus et préfère s’en aller pour ne plus vivre cette dichotomie. Tout comme lui, Omar Tounba, son ami, il lui prend d’en finir avec la vie. Un chagrin d’amour l’emmène à cette entreprise extrême. Lui pourtant d’un tempérament coriace et forte personnalité. On le pensait être par dessus toute difficultés de la vie. Ce sont là les deux personnages qui sont mis en lumière par Kacimi, atrophiés, qui vivotent  en dehors du temps  réel imposé par l’entourage. Comme un hiatus dans lequel ces deux protagonistes sont tombés, séparés de leur monde immédiat qui leur fait un pied de nez. Ce roman de 117 pages s’avale en un trait, comme si le lecteur est pressé d’en finir lui aussi avec cette intrigue qui mettre en avant cette lancinante  question existentielle dans une dualité entre le monde ici bas et l’au-delà. Entre le réel et l’imaginaire, le vrai du faux, le vécu et l’inexpérimenté, réalité et fiction. Une écriture descriptive à souhait et novatrice mais pas moins  philosophique qui pousse la réflexion à l’extrême de questions  qui ne trouvent pas réponses, en tout cas pas celles auxquelles on s’attend ou qu’on aimerait entendre. Là où les personnages guidés par l’auteur pour les livrer au lecteur se heurtent ensemble à l’Absurde dans toute son entité.

Cette entité représentée par la société, une société qui ne fait pas de cadeau, en perte de valeurs, que l’écrivain nous restitue et nous jette à la figure comme une vérité assonante,  en disant frontalement mais par les mots, le choc qui peut se vivre quand on décide de confronter ou d’affronter ces barrières apposées comme un interdit à ne pas braver, pas même en tentative.  Ce sont là un relief d’une société contradictoire dans son vécu, ses repères perdus, ses échecs, ses maux qui lui collent sans jamais trouver remède. Le lecteur adhère à cet état de fait réel parce que l’humour est distillé à mesure que les descriptions sont données à apprécier. Une écriture satirique, à la limite de l’ironie, tant les images sont tournées en dérision. A travers l’histoire du journaliste, l’auteur dresse une autopsie d’une société, éprouvée par ses propres contradictions et décrite dans ses maux et interdits que l’auteur a su adoucir en usant d’images fortes, d’humour et d’ironie.

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