Culture

Personnage d’une actualité brûlante

Hadj Abderrahmane, alias l’inspecteur Tahar

C‘était un 5 octobre. Hadj Abderrahmane, alias l’inspecteur Tahar, disparaissait dans un tragique accident de la route. Nous sommes en 1981. Trente-neuf ans déjà ! Il n’avait que 41 ans. A la fleur de l’âge.

Un des fleurons de la  comédie algérienne laissait un immense vide derrière lui, difficile à combler. De par son talent, ses prouesses, ses aptitudes de comédien né, à jongler parfaitement entre théâtre, télévision en passant par le cinéma. Qui ne se souvient pas des frasques jubilatoires de cet acteur naturellement à l’aise sur scène et face à la caméra ? Qui ne se rappelle pas ses prétentions d’inspecteur de police toujours en train de rabaisser son subalterne d’apprenti que Yahia Benmabrouk, lui aussi disparu, incarnait. Un duo infernal.

Que des réalisateurs des plus professionnels dirigeaient de main de maître, à l’image de Slim Riadh, Abdelghani Mehdaoui, de Moussa Haddad,  disparu il y atout juste un an, Mustapha Badie … et d’autres. Evoquer Hadj Abderrahmane c’est rendre hommage par là même à des hommes et des femmes du 7e  art national.  C’est aussi revenir à une Algérie prospère et en avance sur son temps dans tous les domaines, y compris en culture et en cinéma. Et justement, Hadj Abderrahmane faisait partie ou en fait partie, car en parler au présent fait vivifier la mémoire souvent ingrate envers celles et ceux qui ont tant donné, de leur vie à l’art. Mais l’inspecteur Tahar ne s’oublie pas. Il est de cette trempe d’acteurs faits pour être immortalisé, vivre éternellement dans l’histoire d’un pays auquel le comédien venu au hasard d’un remplacement d’un comédien lors d’un tournage, a de  tous ses rôles collé. Pour en être le porte flambeau. Lui qui état jusque-là derrière la caméra en tant que technicien, n’a eu aucune difficulté pour y faire face.

Spontanément, il donne la réplique, mémorise ses textes, apprends ses scénarios et fait même dans l’improvisation selon quelques indiscrétions. Et le rôle inimitable de l’inspecteur qui s’occupe de toutes les affaires comme il le décline devant ses vis à vis, n’était le raclement de la gorge de son apprenti pour lui couper son énumération, le rappelant subtilement à l’ordre, est resté dans les annales du cinéma algérien.

Un comédien adopté par toute la famille qui crevait le petit écran de l’unique. Mais le tour de magie de ce comédien hors pair est sans doute cette popularité qu’on lui connaît et de laquelle il ne se départit jamais et dont il n’a eu cesse d’user sans jamais perdre langue.

Une proximité sociale qui lui vaut de raconter le quotidien des Algériens, la société dans laquelle il évolue avec tous ses travers, l’humour piquant des Algériens, leur désinvolture… Chacun se reconnaissait en ces personnages, en dehors de ce rôle qu’il a campé des années durant de l’inspecteur Tahar.

Tiens voilà donc un gros clin d’oeil à cet enquêteur qui rafle le titre d’inspecteur, lui l’analphabète qui se trahit devant son apprenti lettré, sans abdiquer devant les correctifs qui lui sont apportés, presque timidement, devant la menace d’être révoqué par son supérieur. N’est-ce pas une illustration parfaite de ces responsables qui ne sont  jamais à leur place et qui volent la vedette aux compétences ? Une actualité brûlante avec cette volonté politique de rétablir cet adage longtemps chanté l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Les films dans lesquels a brillé Hadj Abderrahmane évoluent dans une société tournée en dérision.

Les thèmes qui y sont traités  sont aussi une interpellation, une mise à nu et une critique acerbe des faits et des usages qui ont apparemment la vie longue. Et à la faveur du confinement dû à la situation pandémique de la Covid-19, les réseaux sociaux, les chaînes télé tant  privées qu’étatiques se sont fait un plaisir de rediffuser les films joués ou réalisés aussi par un Hadj Abderrahmane, qui n’a pas son égal. A voir et à revoir sans modération.

Saliha Aouès

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