Culture

« L’ange blanc » hamdi benani est mort

Après avoir souffert d’un problème de santé

Le célèbre chanteur Hamdi Bennani, un des maîtres de la chanson Malouf, est décédé aujourd’hui lundi 21 septembre à l’age de 77 ans.

Le maitre de la chanson du Malouf, a été admis à l’hôpital d’Annaba il y a quelques jours, après avoir souffert d’un problème de santé, et il a été sous soins intensifs lors des derniers jours, selon les déclarations de son fils.

·Issu de toute une famille d’artistes

Les biographes le décrivent souvent comme étant un chanteur et musicien ayant appris chez feu Mohamed El Kourd mais Benani tient à souligner qu’il est issu de toute une famille d’artistes…

Une perle rare qui maîtrise à la perfection son métier d’artiste et tout spécialement la musique andalouse et le malouf annabi. Il est passé le maître de son œuvre et de son art sur consommé sur scène. Bien des mélomanes qui l’ont vu se produire devant leurs yeux en savent quelque chose.

Il est déroutant, imprévisible, et impulse de nouveaux rythmes aux récitals qu’ils donnent en soirée où le public présent en masse entre en communion avec lui, la gent féminine plus particulièrement. Un véritable régal pour les puristes qui en raffolent et en redemandent. Au cours de l’une de ses représentations à laquelle j’ai assisté ici même à Alger, il a même prolongé la soirée tellement il « ressentait ce que le public ressentait » pour lui. Il me confiait à l’époque ceci : « Quand je vois tout ce beau monde, les femmes surtout, je ne suis plus moi-même ! ». Et ce n’est pas fini, Benani se distingue aussi par deux touches exceptionnelles. La première est de ne pas respecter entièrement le programme qu’il s’est tracé au départ avec son orchestre chevronné.

Écoutons l’explication qu’il me donne lors de notre dernière entrevue chez lui à Annaba. « Quand on m’annonce, le rideau s’ouvre, je jette un coup d’œil sur le public, je déduis de suite que la première chanson programmée n’est pas faite pour lui. Après un istikhbar, ma troupe avec laquelle je travaille depuis fort longtemps a déjà compris le message »

La seconde à entonner une chanson qui rend hommage à la ville où il se produit. C’est le cas de Sidi Abderrahmane Houkmek Houkm El Bey pour Alger en arpentant la scène, le micro à la main ou encore Sellem Alla Nass Tlemcen. Vous cherchez la raison ? La voici de sa bouche même : «Je ne suis pas Annabi mais un chanteur Algérien donc un chanteur national. Ce n’est pas facile ce que je fais. Alors quand je chante Sellem alla Nass Tlemcen qui ne m’appartient pas sur un air flamenco donc différemment de l’original, cela plait aux public Tlemcenien qui apprécie ». No comment !

·Il à chanter aux quatre coins du globe

En faisant de multiples tournées qui l’ont amené à chanter aux quatre coins du globe, l’élégant Benani avait chanté devant Fidel Castro, le roi Hussein de Jordanie, Tito, Léopold Sedar Sanghor, Habib Bourguiba, Mao Tse Toung, Giap, et Bouteflika qui l’a, du reste, honoré à Oran en le décorant. Mais s’il y a un souvenir qui l’a marqué profondément et dont il porte, du reste, à nos jours, l’empreinte indélébile, c’est incontestablement sa production en Corée du Nord (1985) devant le président d’alors, Kim Il Song.

En effet au cours de la dernière représentation que le sieur Benani allait donner en soirée, le ministre de la culture venant le chercher à l’hôtel lui demanda d’enfiler le costume blanc aux lieu et place du noir qu’il portait ce soir là. Interloqué, notre digne ambassadeur lui fit remarquer que cela faisait des jours qu’il le portait d’où ce changement qui s’imposait à ses yeux. Et au ministre d’expliquer : « Justement, il y a une surprise qui vous attend ce soir !». Notre artiste s’est naturellement exécuté et alla chanter à cette soirée conformément aux vœux du président Coréen. « Au fait, le président m’avait vu à la télévision 20 jours auparavant avec ce costume blanc d’où cette injonction. Et quand j’ai chanté en sa présence, je constatais qu’il était très intéressé par ce que je faisais ». La surprise ? La voici telle qu’elle de la bouche même du Mæstro Benani : « Quand j’ai chanté en coréen : je souhaite un heureux anniversaire au président Kim Il Song bien aimé à l’occasion de ses 75 ans. Je l’ai vu se lever de son siège par devant 6000 personnes et me surnomma l’ange Blanc en raison de mon costume et violon blanc mais également pour mon cœur blanc ». Un surnom qui cadre que trop bien avec le personnage qu’il porte pour l’éternité, désormais !

·Révolutionnaire du malouf, Benani dérange

Le charmeur Benani qui improvise énormément en coupant ses morceaux pour agrémenter les soirées et attirer l’attention du public, avait introduit en 1974 de nouveaux instruments tels que l’orge, la batterie, la basse, et la guitare électrique qui lui valurent les foudres du ciel de la part des mélomanes qui ne comprenaient pas sa démarche.

Explication : « Ils croyaient que je touchais aux noubas, ce qui n’était pas le cas dans la mesure où je m’inscris dans le classique qui obéit à des règles qu’on n’a pas le droit de toucher ». Et d’ajouter : « Je leur ai dit que vous vous trompez Messieurs car un jour vous serez d’accord avec moi !».

La suite lui donnera raison puisque bon nombre de chanteurs du Malouf introduiront ces instruments auxquels ils rajouteront même le Saxophone et la clarinette. A la bonne heure ! Mais…Car il ya toujours un mais, El Hadj Mohamed Tahar Fergani, l’autre géant du Malouf constantinois jeta, à son tour, un pavé dans la marre en déniant publiquement la référence au Malouf Annabi.

En gentleman et toujours respectueux de l’espèce humaine à fortiori d’un maître du genre, Hamdi Benani laisse passer l’orage et expliquera, plus tard, à la télévision qu’il n’existe point d’écoles du Malouf nulle part. Ecoutons-le : « Avec tout le respect que je dois à ce Monsieur, j’ai démontré qu’il y a des styles et des genres.

Le Malouf Constantinois et Annabi existent bel et bien. Tous les artistes du malouf sont des gens de la rue. Maintenant, on peut créer des écoles. Je signe et je persiste pour votre journal – et je n’ai peur de personne – en déclarant en toute connaissance de cause qu’il n’y a pas d’écoles. Il y a des styles et des genres : le Centre, l’Est, et l’Ouest » clame-t-il avec assurance.

Red D

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