Culture

Le poète Makhlouf Boughareb une autre icône de village Ath-Yanni

En enfantant des sommités mondiales comme Mohamed Arkoun, Mouloud Mammeri

Il se gave, depuis son jeune âge, d’envolées lyriques et s’adonne allégrement à l’articulation rimique. Réservé, humble et délicat à l’extrême, Makhlouf Boughareb se laisse submerger par sa passion pour la poésie qu’il décline en langues française et amazighe et qu’il puise de ses ressentis intimes, de son environnement et des turpitudes de son époque.

Si la région des Ath-Yanni (Tizi-Ouzou) est réputée pour être un creuset de l’érudition et de l’art en enfantant des sommités mondiales comme Mohamed Arkoun, Mouloud Mammeri ou encore le chanteur Idir, cette pittoresque localité, nichée au pied du majestueux Djurdjura, a donné également naissance à de multiples autres talents versés dans divers domaines, tel que celui consistant à ciseler les mots, avec autant de dextérité que celle ayant donné forme aux renommés bijoux locaux.

Dans ce registre, Makhlouf Boughareb est sans contexte l’un des plus en vue, grâce à un talent affirmé et précoce pour la belle prose. En attestent les multiples gratifications auréolant sa fertile créativité. La plus récente étant la sélection, en juin 2020, d’un de ses poèmes par l’anthologie française “Poètes en roue libre”, aux côtés de 21 autres noms représentant les deux rives de la Méditerranée.

 “C’est une anthologie de référence et qui a beaucoup de visibilité. D’ailleurs, j’ai eu de nombreux échos positifs à la suite de cette sélection!”, commente-t-il pour l’APS, précisant que c’est “L’échanson” qui lui vaudra cette place. Il y dit : ” A tous les jours traqués comme des malentendus, j’offre à boire. A tous les captifs, aux pensifs qui ne pensent plus, j’offre à boire. Aux mutins, aux lutins et mêmes aux matons”.

En 2004, il a également figuré dans les anthologies “Les cygnes de l’Aube” et “Les chants des larmes”, un livre collectif international dédié à la poésie et édité en France par la maison ” Lire et méditer”.

Natif, il y a plus d’un demi-siècle du village de Taourirt-Mimoun, l’aède des Ath-Yanni dit se nourrir “de joutes ancestrales et du rêve d’assister à d’autres, plus contemporaines”. Et C’est dans la littérature et la poésie universelles de Mammeri, Djaout, Baudelaire, Musset, Aragon, Prévert, ou encore dans les textes mélodieux d’Idir, Ait Menguellet, Ferré, Ferrat, etc, que son inclination pour la rime a germé.

Celle-ci est née également de ses longues écoutes radiophoniques, bercé qu’il était par des émissions phares des chaînes 2 et 3, dont celles de Farid Mammeri et de Djamel Benamara. Plus tôt, son inspiration s’est nourrie de ses cahiers d’écolier pour se développer au fil de l’écriture.

En langue française, ses œuvres poétiques principales sont: “L’enfer un peu”, “Faire trembler mes terreurs”,  “Délirêve”. “De Pénélope à Ulysse”, tous édités en France. Accessoirement, il s’est essayé à l’écriture des nouvelles “Dompte la blancheur” et à la traduction de tamazight vers le français et inversement, citant l’œuvre de Tahar Djaout “Les rets de l’oiseleur”, “Les Isefra” de M. Mammeri, “Il meurt lentement” de Pablo Neruda et “Le roman inachevé” de Louis Aragon. Ceci, en plus d’avoir composé les paroles en tamazight de quelque chansons pour le groupe musical local “Yanni”.

Dans le palmarès de Makhlouf Boughareb, figurent également un Prix et une attestation de mérite délivrés par la ville de Turin (Italie) pour des poèmes traduits en italien, alors que son poème “L’arc en ciel” a été lu lors de la Journée de la paix, célébrée en septembre 2015 à New York par les Nations-Unies.

Sa verve créatrice a, en outre, été gratifiée en 2000 du Prix M. Mammeri pour “Tafsut-Inni” (Ce printemps-là), décerné par la Fédération des Associations amazighes ainsi que du Prix de la revue italienne “Immagine et Poésia” (2015).

A son actif, le poète compte plusieurs passages, en français et en tamazight, dans des radios et télévisions nationales et étrangères ainsi que des contributions dans la presse algérienne. De même qu’il a pris part à divers festivals de poésie kabyle, en tant qu’auteur, organisateur ou membre du jury.

Engagé également dans l’action associative, il a fondé et assuré le Secrétariat général des associations “Taneflit” (développement) et de “ASAKA ” (le pont). “Taneflit” ayant été le 1er club algérien affilié à l’Unesco et ayant reçu, pour ses efforts, les félicitations de son ancien Directeur général, Fédérico Mayor.

M.Boughareb résume sa conception d’un écrit poétique abouti en ces termes : “Chacun devrait dire au fond de lui: +j’aurais aimé l’écrire ce poème !+”.

S’agissant de ses projets futurs, il évoque des recueils de poésie “en attente d’édition, comme des lettres jamais affranchies”, à l’instar de “Vacuité” où il déclame: ” Aujourd’hui, ni les rues désertes ni les iconoclastes chasseurs de tourbillons. Ni les vaillantes lunes, veillant les fiers gardiens, augurant des aubes glauques. Ni les doigts crochus résignés, accrochés aux pans du ciel. Ni même l’évanescence des sourires.

Et des vains départs qui récidivent. Invités par d’impromptus naufrages. Car tout se trace désormais. En déchirures, en zébrures. Et je m’en veux de n’être pas Makhlouf Boughareb”.

 Mais quels que soient les honneurs passés et à venir, le barde des Ath-Yanni n’est pas prêt de cesser de rimer et, se faisant, de troquer la discrétion qui le distingue pour une détestable vanité. Et il le souligne si bien en se définissant comme étant “un homme simple, allant l’amble pour si peu de scintillements”.

R C

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