Economie

La finance internationale souffre d’un autre « virus » venu du Japon

Il n’est ni biologique ni contagieux

Après l’Europe, les Etats-Unis font aussi face à des taux d’intérêt bas, tout autant que le niveau d’inflation et la croissance économique. Ce phénomène est baptisé la « japonisation ». Ses effets pourraient toutefois être différents au pays de Donald Trump.

Depuis quelques années déjà, les experts et analystes des marchés suivent l’évolution d’un « virus » financier venu du Japon. Il n’est ni biologique ni contagieux, mais continue de progresser au sein des économies développées. C’est celui du triptyque constitué des taux d’intérêt bas sur les titres d’emprunts, des niveaux bas de croissance économique et de l’inflation.

Selon John Pattullo, analyste chez Janus Henderson, ce « virus » qui avait déjà atteint l’Europe est désormais en train de s’installer aux Etats-Unis. Malgré plus de 2000 milliards $ (près du PIB de toute l’Afrique) de stimulus au sein de l’économie pour faire face à la covid-19, les Américains sont entrés eux aussi dans le cycle de faibles taux d’intérêt, faible croissance et faible niveau d’inflation.

En effet, selon les nouvelles projections sur l’économie américaine, la croissance du produit intérieur brut (PIB) est désormais attendue à -4,9% en 2020 et la reprise espérée en 2021 (+2%) ne suffira pas à combler le gap. La Banque centrale américaine a récemment indiqué qu’elle cible désormais une inflation au-delà du seuil de référence de 2%, afin d’obtenir plus de points de croissance. Cela signifie que les taux d’intérêt sur les obligations seront à des niveaux proches de zéro pour longtemps encore.

Comme c’est le cas au Japon depuis les crises financières de 1997 et 2008, l’objectif recherché par la Banque centrale est de limiter la volatilité (alternance brusque entre hausse et baisse de valeurs) sur le marché financier et monétaire. Mais selon Sonia Renoult, une analyste de Risk Magazine, ce qu’on appelle la « japonisation » des économies n’est pas une mauvaise chose. Il suffit selon elle de lire des indicateurs autres que la croissance du PIB ou de l’inflation.

Plus importantes encore sont des données sur la qualité de vie des populations, et celle de l’éducation. De ce point de vue, l’économie du Japon et celles des pays développés d’Europe qui sont déjà « japonisées » affichent de solides performances en termes de productivité ou de fonctionnement des systèmes démocratiques.

Mais il n’est pas certain qu’on apprécie la situation à juste titre aux Etats-Unis. La première puissance économique fait aujourd’hui face à un niveau de chômage qu’elle n’a pas connu depuis longtemps et surtout chez les jeunes qui sont les principaux moteurs de la consommation.

Selon des données publiées par Data Trek, des dizaines de millions de citoyens américains vivent de chèques alimentaires, le sentiment d’insécurité grandit parmi la population au regard du nombre de commandes d’armes par les individus et l’épargne des ménages grossit, signe des incertitudes sur le futur.

Avec le coronavirus, on a aussi vu que la qualité de la vie peut rapidement devenir précaire dans ce pays. Avec des taux bas sur les obligations, les épargnants d’aujourd’hui risquent d’avoir peu de ressources pour leur consommation future.

R E

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