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Un Aïd sanglant

Constantine 1956 …

L’Aïd El-Fitr de l’année 1956 a été des plus tristes à Constantine. Suite à un attentat dans un café juif, une tuerie aveugle est déclenchée, des dizaines d’Algériens sont tué. A ce jour, toute la lumière n’a pas encore été faite sur ces événements dramatiques.

L’Aïd El-Fitr de 1956 tombait un samedi 12 mai, c’était aussi jour de Sabbat pour les juifs. A 12h30, une grenade fut lancée dans le café Mazia, rue Sidi Lakhdar, à Constantine, faisant 13 blessés européens (des Juifs), dont trois membres des services d’ordre, selon un communiqué de l’autorité militaire publié dans la Dépêche de Constantine du dimanche lundi 13/14 mai 1956, page 3. Ce même bar avait déjà été la cible d’un premier attentat deux mois auparavant, faisant sept blessés parmi les consommateurs et entrainant des réactions très violentes, notamment l’assassinat d’une vingtaine de musulmans, selon la version officielle.

La version officielle avance la thèse d’un inconnu membre d’un groupe rebelle infiltré dans la ville. Mais selon le premier numéro d’El Moudjahid, de nombreux témoins affirmaient « que peu de temps avant la l’explosion, un homme habillé à l’européenne avait jeté un engin dans le café et s’était enfui dans la direction du quartier juif ».

Quoi qu’il en soit, les représailles seront démesurées. Dans différents quartiers arabes, des groupes de Français civils et armés attaquaient des passants Algériens. D’autres Français apparaissaient à leurs fenêtres et se mettaient à tirer sur des Algériens dans la rue.

Cette simultanéité dans les attaques démontre, toujours selon le rédacteur de l’article d’El Moudjahid, l’existence d’un plan préparé à l’avance et que l’attentat à la grenade devait servir de prétexte pour que les commandos européens puissent réagir.

Quelques instants après, dans différents quartiers et places de Constantine, des Français civils, rejoints par des policiers et des militaires, s’attaquaient aux algériens. Des magasins seront pillés et leurs propriétaires tués. Les CRS parvenaient parfois à les empêcher de commettre leurs forfaits, lorsqu’ils arrivaient à temps, comme ce fut le cas à la mosquée Sidi Kittani.

Le lendemain, les exactions se poursuivaient encore, faisant d’autres victimes parmi les Algériens. On signalait notamment l’assassinat de plusieurs femmes de ménages algériennes.

L’article d’El Moudjahid donne beaucoup de détails sur ces événements, à savoir les lieux, circonstances et souvent les noms des Algériens attaqués. Et à la fin, affiche une liste non exhaustive des victimes, 61 en tout.

Dans « Histoire intérieure du FLN », Gilbert Meynier reprend le chiffre de 230 morts, selon Anne-Marie Louanchi qui lui aurait été fournit par un commandant CRS. Par ailleurs, Meynier évoque ces événements et les qualifie de « pogrom juif antimusulman », mais se ravise quelques années plus tard et publie une mise au point dans https://etudescoloniales.canalblog.com

« Ce terme appartient trop à l’histoire de l’Europe centrale et orientale du XIXe siècle pour qu’il puisse être ainsi utilisé innocemment : il n’y eut pas plus de pogrom les 12-13 mai 1956 qu’il n’y en avait eu à Constantine en 1934 : dans les deux cas, furent en jeu, à mon avis, les entrelacs d’un contentieux communuautaire judéo-musulman, à la fois à vif, et en même temps autorisant pour la vie au jour le jour – mais non sans un certain malaise – une cohabitation avérée. »

L’écrivain et chercheur algérien Abdelkrim Badjadja n’exclue pas la participation du Mossad israélien qui « avait à l’époque envoyé des centaines de ses agents à Alger, Oran et Constantine ».

Meynier reprend aussi les propos de Michael Laskier qui s’exprime sur ces événements et les qualifie de « réactions de Juifs constantinois, encadrées par des membres de la Misgeret, organisation correspondante du Mossad pour l’Afrique du Nord».

Badjadja déplore le fait que les historiens Algériens demeurent muets à propos de cette tragédie. Selon ses propres recherches, le nombre des victimes s’élève entre 100 et 150, alors que l’autorité militaire avançait le chiffre de 12 tués, alors que les agents du Mossad parlaient de 26 tués durant les deux jours de l’Aïd.

En effet, il faudrait un travail minutieux et des recoupements précis pour connaitre toute la vérité sur ce drame et le nombre exact des victimes. Badjadja rappelle que des chiffres plus précis pourraient être obtenus grâce aux registres de l’état civil, du cimetière et de l’hôpital de Constantine.

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