Société-santé

Les psychotropes auraient-ils un effet préventif ?

Covid-19 et traitements :

Si la chloroquine est le traitement qui fait le plus parler de lui, il n’est pas le seul à être expérimenté contre le Covid-19. Le remdesivir vient d’obtenir un premier feu vert en Europe. Où en est la recherche ? On fait le point.

Depuis la déclaration du premier foyer de contagion du coronavirus Covid-2019 en décembre, les scientifiques s’attellent à trouver un traitement efficace.

• Des traitements qui luttent contre les symptômes essentiellement

Actuellement, selon la définition¹ d’un cas donnée par Santé publique France : ” Les symptômes décrits évoquent principalement une infection respiratoire aiguë (fièvre, toux, essoufflement), mais aussi des difficultés respiratoires et des complications pulmonaires de type pneumonie sont également décrites, ainsi que des formes plus sévères. Des symptômes digestifs et oculaires (conjonctivite) ont également été observés chez certains cas confirmés”.

Les traitements susceptibles d’être administrés sont donc ceux qui permettent de lutter contre ses symptômes. Certains traitements expérimentaux sont autorisés à être testés avec prudence. En attendant, c’est la course mondiale pour trouver un médicament spécifique. Les guérisons des patients français ont permis aux laboratoires de l’Hexagone d’avancer sur les possibilités de trouver un traitement contre ce nouveau coronavirus

• L’antiviral Remdesevir : un traitement prometteur contre le Covid-19 ?

Autre médicament dont la piste est évoquée depuis le début : le Remdesivir. Ce médicament anti-viral, a obtenu le feu vert à “une mise sur le marché conditionnelle” pour utilisation dans le cadre du Covid-19, de la part l’Agence européenne des médicaments jeudi 25 juin 2020.A l’origine, il est utilisé contre Ebola et avait déjà montré des bénéfices dans les traitements du Mers et du Sars-Cov-1. Le traitement avait déjà obtenu en mai une autorisation d’urgence mais aux Etats-Unis. La prochaine étape pour l’Europe est d’obtenir l’accord de la Commission européenne maintenant.

L’un des patients français guéri aurait été traité avec cet antiviral fabriqué par le laboratoire Gilead. Ce traitement est “une petite molécule capable de gagner l’ensemble des compartiments de l’organisme et dont on sait qu’elle diffuse parfaitement dans les poumons, organe cible de la maladie”, avait déclaré le Pr Denis Malvy, responsable de l’unité une maladies tropicales et du voyageur du CHU Pellegrin (Bordeaux). Le patient aurait reçu le traitement par intraveineuse pendant 10 jours et l’aurait “parfaitement toléré”.   6 essais cliniques ont été lancés mondialement et le “médicament a montré sont efficacité potentielle contre le Covid-19 en laboratoire”. A l’époque, il n’y avait encore aucune donnée concernant son efficacité et sa tolérance sur l’homme.

Fin mars 2020, le laboratoire fait polémique en obtenant le statut de “médicament orphelin” aux Etats-Unis. Un stratagème dénoncé dans une lettre de plusieurs ONG. “Gilead possède des brevets primaires pour le remdesivir dans plus de 70 pays, lesquels pourraient bloquer l’arrivée de génériques jusqu’en 2031”, expliquent les auteurs qui demandent au laboratoire de “garantir la disponibilité rapide, à un prix abordable, et l’accessibilité de son traitement expérimental remdesivir pour traiter le Covid-19”. Gilead aurait donc renoncé au statut de médicament orphelin. Dans un communiqué du 4 avril 2020, Daniel O’Day, CEO de Gilead annonce avoir mis en place des “programmes d’accès complémentaires” pour mettre le médicament expérimental à disposition des hôpitaux pour les patients gravement malades qui ne peuvent pas participer aux essais cliniques en cours avant de rappeler que le remdesivir “reste un médicament expérimental qui n’a été approuvé par les autorités nulle part dans le monde. La sécurité et l’efficacité du traitement ne sont pas encore connues et même si nous connaissons l’urgence, notre responsabilité et notre éthique nous imposent de déterminer si ce médicament est efficace et sûr.”

Le laboratoire annonce fournir gratuitement “le traitement, administré par voie intraveineuse quotidienne à l’hôpital” pour les patients présentant des symptômes sévères et explique faire de son mieux pour pouvoir mettre des stocks suffisamment nombreux à disposition si la confirmation de son efficacité venait à être officiellement validée avec un “accès à un prix abordable au patients qui en auraient le plus besoin”.

•  Anakinra : un traitement efficace contre les formes sévères ?

La dernière étude en date qui fait parler d’elle, a été publiée dans la revues médicale The Lancet, le 29 mai 2020. Elle rapporte des résultats encourageants avec l’anakinra. Vendu sous le nom commercial Kineret®, il est principalement prescrit contre les maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, les rhumatismes ou le syndrome de Muckles-Wells, par exemple.

Le traitement a été testé sur un groupe de 52 patients. Selon l’étude, seulement un quart des patients qui ont reçu l’anakinra ont été transférés en réanimation contre 73% chez ceux qui ne l’ont pas eu.

Le traitement pourrait agir sur l’orage de cytokines, un mécanisme inflammatoire qui provoque l’emballement des défenses immunitaires que les chercheurs pensent principalement responsables des formes sévères de Covid-19, dont sesatteintes sur les organes comme les reins, les poumons ou encore le coeur.

• La dexaméthasone, “premier médicament” qui améliore véritablement la survie

Dans un communiqué paru le 16 juin, l’université d’Oxford a présenté les résultats de l’essai clinique Recovery concernant les tests de la dexaméthasone comme  traitement du CoVid-19. Et selon les premières données, cet anti-inflammatoire stéroïdien utilisé notamment pour traiter l’asthme réduit “d’un tiers la mortalité chez les patients hospitalisés présentant des complications respiratoires sévères” liées à la maladie.

“Il s’agit du premier médicament dont on a montré qu’il améliore la survie chez les patients atteints du CoVid-19, affirme et se réjouit le professeur Peter Horby, l’un des responsables de l’essai Recovery.  C’est un résultat extrêmement satisfaisant. Le bénéfice de survie est clair, […] donc la dexaméthasone devrait désormais devenir le traitement standard chez les patients à qui l’on doit administrer de l’oxygène. ” Suite à la publication de ces résultats, le ministre britannique de la Santé Matt Hancock a annoncé que le médicament allait être immédiatement utilisé pour traiter la maladie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a salué cette étude et félicité “le gouvernement britannique, l’université d’Oxford et les nombreux hôpitaux et patients du Royaume-Uni qui ont contribué à cette percée scientifique majeure” avant d’encourager le 22 juin l’augmentation de la production du stéroïdien.

Des résultats immédiatement contestés par le Pr Raoult, qui a expliqué sur son compte Twitter être “choqué” par “le taux de mortalité monstrueux” dans le groupe ayant reçu les soins standards : “41% chez les patients ventilés. 25% chez les patients sous oxygène. 13% dans le groupe ne nécessitant aucune intervention. ” Il rappelle qu’à Marseille, où l’hydroxychloroquine a été testée, seulement 16% des patients en soins intensifs sont décédés. Un taux qui passe à 5% chez les patients uniquement admis à l’hôpital, et à 0,6% chez ceux traités par hydroxychloroquine.

• L’hydroxychloroquine et azithromycine : un traitement polémique

Le traitement qui fait le plus parler de lui dans cette épidémie, c’est l’association de l’hydroxychloroquine, un dérivé de la  chloroquine, avec l’azithromycine, un antibiotique. D’abord autorisé à être expérimenté dans les hôpitaux, une étude publiée le 22 mai, dans la revue médicale The Lancet, venant s’associer à d’autres ont remis en cause sont utilisation expérimental. L’étude fait état d’un effet peu efficace, mais également dangereux pour les patients. Depuis l’OMS a demandé l’arrêt des essais cliniques de la chloroquine et ses dérivés et le ministre de la Santé, Olivier Véran a saisi le Haut conseil de la santé publique afin d’obtenir des clarifications sur les dangers que représentent le traitement dans le cadre du Covid-19.

Mais le Pr Didier Raoult, directeur de l’Institut Méditerranée Infection à Marseille connu pour être le fervent défenseur de l’association hydroxychloroquine + azythromocine depuis sa première vidéo publiée le 25 février, lors d’une conférence à Marseille ne s’avoue pas vaincu. Critiqué depuis le début pour avoir peut-être proclamé, le traitement efficace trop tôt au risque de voir se déclarer des effets secondaires, il qualifie le sérieux et le résultat de l’étude publiée sur The Lancet, de “sérieusement questionnables”.

Beaucoup d’autres scientifiques du monde entier se joignent à la remise en cause de cette étude, et parmi eux, des scientifiques et médecins qui font malgré tout parti des sceptiques sur l’intérêt du traitement. Plusieurs d’entre-eux ont signé une  une lettre ouverte adressée à Richard Horton, éditeur du Lancet, soulignant des incohérences, notamment au niveau des doses et surtout le refus de donner libre accès aux données en détails. Ces dernières viendraient d’une société d’analyse de données de santé américaine qui assure ne pas pouvoir les divulguer suite à un accord avec les hôpitaux partenaires.

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